Un conte au goût de Maroc pour le défi du samedi

Il était une fois un garçon appelé Bachir qui vivait il y a bien bien longtemps dans un petit village fort reculé du Maroc. Bachir était le fils cadet de la famille Bouzouk et bien que son prénom signifia « celui qui apporte la bonne nouvelle », le petit Bachir faisait le malheur de ses parents. Il ne voulait ni travailler aux champs avec son père ni aller à l’école. Il ne voulait pas non plus apprendre le métier de cordonnier auprès de son oncle maternel, et refusait pareillement de devenir apprenti-boucher chez son oncle paternel. Alors quand il entendait Tibiqcht gazouiller, il se cachait vite. Tibiqcht c’est une variété d’oiseau sauvage qui vit souvent dans les maisons et qui chante plus fort lorsque des visiteurs arrivent. Bachir aimait beaucoup le Tibiqcht qui vivait dans la maison de sa famille. En le prévenant, il échappait à son père ou au maître qui venait le chercher. Alors chaque matin, il n’oubliait pas de laisser une poignée de graines dans la cour, à l’endroit que Tibiqcht aimait particulièrement. Ce que Bachir aimait c’était de vadrouiller dans la nature avec sa fronde et tuer les oiseaux. Il était connu pour son talent à la fronde et se vantait qu’il n’y avait pas un seul oiseau qu’il n’ait déjà tué, à l’exception de Tibiqcht bien sur, l’oiseau sacré et précieux allié de sa fainéantise.

Un jour, alors qu’il venait, grâce aux gazouillis de l’oiseau de la maison, d’échapper à son oncle qui voulait l’emmener travailler, Bachir aperçut à l’orée du village un oiseau comme il n’en avait jamais vu : celui-ci était revêtu de plumes en argent ! Bachir s’approcha sa fronde à la main et visa. Mais à ce moment l’oiseau s’envola et se posa sur un arbre un peu plus loin. Bachir se rapprochait à nouveau mais l’oiseau s’enfuyait à chaque fois au dernier moment. Et ainsi de suite jusqu’à ce que Bachir se retrouva dans un quartier très éloigné et désert du village. C’est alors que dans un nuage de fumée l’oiseau se transforma en Taghzante, la terrible ogresse ! D’un bond de ses pieds de bouc, elle captura Bachir qui ne réussit en essayant de s’enfuir que de déchirer ses vêtements. Alors que Bachir croyait sa dernière heure arrivée, Tibiqcht arriva et piqua tant et tant Taghzante de son bec pointu que cela permit à Bachir de s’en fuir. Arrivé à la maison sain et sauf, Bachir a été rejoint par Tibiqcht qui lui fît promettre de ne plus chasser d’oiseau.

Mais quelques jours plus tard, Bachir oublia sa promesse. Il venait de voir, au pied de la montagne, un autre oiseau encore plus merveilleux, comme il n’en avait jamais vu : ses plumes étaient en or ! La fronde à la main, Bachir essayait de s’en approcher pour tirer son jet de pierre mortel. Mais l’oiseau d’or semblait le sentir et s’enfuyait au dernier moment. Pris par l’exaltation de la chasse, Bachir ne se rendait pas compte que l’oiseau l’entrainait toujours plus haut dans la montagne, loin, très loin, trop loin pour que quiconque puisse l’entendre et le secourir. Trop tard pour faire demi-tour, l’oiseau pourchassé venait de se transformer en ogresse qui se jeta sur le pauvre garçon ! Mais fort heureusement, Tibiqcht, alerté par ses cris, arriva à tire d’ailes et harcela l’ogresse jusqu’à ce qu’elle lâcha Bachir qui put repartir chez lui, les jambes à son cou. Les vêtements une nouvelle fois déchirés et une poignée de cheveux en moins, Bachir s’excusa auprès de Tibiqcht et lui renouvela sa promesse.

Toutefois, une semaine plus tard, Bachir fut une nouvelle fois soumis à la terrible tentation. Il venait d’apercevoir un autre oiseau plus extraordinaire qu’extraordinaire : son plumage était recouvert de pierres précieuses de toutes les couleurs, plus brillantes les unes que les autres. Alors Bachir ne put résister. Il lui fallait cet oiseau ! Il le suivit, sa fronde à la main, prêt à faire mouche, mais l’oiseau de rubis se dérobait sans cesse. Jusqu’à ce qu’ils parvinrent au cimetière du village. L’oiseau s’évanouit alors dans une fumée blanche, laissant place à Taghzante, l’ogresse aux doigts crochus, qui saisit le jeune garçon terrorisé. « Tu ne manques pas d’air Bachir ? Tu croyais m’attraper, c’est toi encore qui es attrapé ! Cette fois je vais te manger tout cru et je vais commencer par le « r » de ton prénom. » Après avoir englouti la dernière lettre du prénom du malheureux, l’ogresse ouvrit grand sa bouche aux dents pointues pour avaler d’un seul morceau le petit Bachir, ou plutôt Bachi.. C’est à ce moment-là que Tibiqcht surgit et fonça vers le visage de l’ogresse. Et sans lui laisser le temps de se défendre, lui creva les yeux. L’ogresse s’enfuit alors avec un cri rageur. Le garçon se mit à genoux devant son bienfaiteur et jeta sa fronde à terre, jurant de ne plus jamais s’en servir. D’un battement d’ailes, Tibiqcht transforma la fronde en guitare, une variété venue de très loin appelée le bouzouq. Depuis ce jour, l’oiseau et le garçon ne se quittèrent plus jamais. Dès lors, Bachi parcourt la campagne, l’oiseau sur l’épaule, troquant des chansons en échange du gîte et du couvert et d’une poignée de graines pour son ami. Au fil de ses pérégrinations, ils ne manquent pas, apportant nouvelles chansons à foison, de s’arrêter chez les parents de Bachi, désormais fiers de leur dernier fils. Voila comment Bachi-bouzouk est passé de tueur à musicien itinérant.

© Cartoonita – février 2009

Ce texte a été écrit pour le Défi du Samedi dont la consigne était, en résumé :
« Bachi-bouzouk ne signifie plus bachi-bouzouk. Dites-nous tout… Qu’est-ce qui s’est passé ? Quelle est sa nouvelle définition ? … « 

Mes participations préférées : j’ai particulièrement aimé l’acrostiche de Pandora, le branle-bas de combat de Martine27 et place aux nanas de Joye.

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