Les crimes de l’accordéon, Annie PROULX

Résumé : « Sicile, 1890. Un facteur d’accordéon met la touche finale à son plus bel instrument et s’embarque pour La Nouvelle Orléans. Seul l’instrument survivra, en passant de mains en mains. Un grand nombre de destins vont ainsi se croiser, une mosaïque de cultures différentes : Français, Allemands, Mexicains, Polonais… dont le passé et les traditions sont incarnées par le folklore de l’accordéon.
L’écriture de Proulx est teintée d’un esprit sardonique : vivante, drôle, quelque peu inquiétante, c’est une écriture d’images somptueuses, une écriture brillamment originale… Avec, au détour d’une page, une phrase à vous couper le souffle…
Une mosaïque de l’immigration du 20ème siècle aux États-Unis, qui confirme les similitudes maintes fois remarquées de Proulx avec Steinbeck, et qui offre l’étude la plus complète de la vie ouvrière depuis Dos Pasos. »


Titre originel : Accordion Crimes
Traduction de l’anglais par André Zavriew

Avis : J’avais déjà lu d’elle un recueil de nouvelles, « C’est très bien comme ça », et beaucoup apprécié son écriture, qui croque délicieusement les gens et la nature. L’auteur s’est beaucoup documentée sur la musique qui sert de fil conducteur aux portraits des destins -assez noirs- d’immigrants américains qu’elle nous dresse avec talent. On se laisse porter et on déguste ses mots. Certains personnages et certaines histoires m’ont quand même plus plu que d’autres, mais globalement c’est vraiment un bon livre. Je l’aime cette Annie.

Extraits :
– Si vous avez de bonnes oreilles :
micro1 Souvenirs culinaires.
– Si vous avez de bons yeux :
texte1 Souvenirs culinaires.
texte1 Choisir.

Je suis comme je suis, de Prévert

En musardant au gré des pages de son recueil « Paroles », j’ai retrouvé des poésies de Jacques Prévert qui sentaient bon l’école primaire : Le Cancre, La chanson des escargots qui vont à l’enterrement, La batteuse, Pour faire le portrait d’un oiseau…

Et, entre les nombreux poèmes noirs au goût de guerre, j’en ai aussi trouvé d’autres que je ne connaissais pas et qui m’ont bien plu. Comme celui-là :


Cliquez sur l’image ou ici pour l’écouter lu par mes soins.

Et si vous avez pitié de vos pauvres oreilles, cliquez ici pour le lire.
Et puis si vous n’aimez pas la poésie, vous pouvez toujours aller ici vous poiler sur le dos des googlenautes.

Théorie ville / campagne

«Leaphorn se remémorait les fois où il était allé à Washington, à New York, à Los Angeles, et où il avait réfléchi à ces différences entre les comportements sociaux en milieu urbain et rural.

– J’ai une théorie qui n’a pas encore été approuvée par un seul sociologue, ajouta-t-il. Vous, les gens de la ville, vous avez tant de congénères qui vous marchent sur les pieds que leur présence vous est désagréable. Alors vous essayez de les éviter. Nous, à la campagne, nous n’en avons pas assez, alors ils nous intéressent. C’est comme si nous en faisions collection.

– Il va falloir que tu la présentes de manière beaucoup plus complexe si tu veux que les sociologues l’adoptent. Mais je comprends ce que tu veux dire.

– Par ici, tout le monde te regarde. Tu es quelqu’un de différent. Ça alors, voilà un autre être humain, et je ne le connais même pas encore. En ville personne n’a envie de rencontrer le regard des autres. Les gens se construisent une petite bulle d’intimité, et c’est dur de préserver cette intimité dans les endroits bondés, alors si tu les regardes, ou si tu leur parles dans la rue, tu envahis leur espace.

Louisa quitta la route du regard pour lui adresser un sourire en coin.

– Je crois comprendre que tu n’apprécies pas la vie urbaine active, stimulante et passionnante. J’ai aussi entendu la même chose énoncée d’une autre manière. Du genre, « les gens de la campagne ont tendance à se mêler de ce qui ne les regarde pas ». »

Extrait de « Blaireau se cache » de Tony Hillerman
Traduit de l’américain par Danièle & Pierre Bondil
(titre original : « Hunting badger »)

Livre : Et mourir de plaisir, Luis Fernando Verissimo

Et mourir de plaisirRésumé : Ils sont dix. Pendant ving et un ans, ils se sont retrouvés chaque mois autour d’une table pour déguster des mets de plus en plus raffinés, respectant la promesse fait dans l’adolescence de ne jamais faillir à ce rituel quoi qu’il arrive. Jusqu’à ce qu’arrive un mystérieux cuisinier pour qui la table, plus qu’un art et un plaisir culturel, est un défi philosophique : tout désir étant un désir de mort, la perspective d’une fin prochaine ne peut que décupler le plaisir de manger. Dès lors, les dîners s’apparentent à une variante gastronomique de la roulette russe et , mois après mois, le nombre des convives s’amenuise. A moins qu’une main criminelle n’ait organisé ces morts en série. Avec un humour corrosif, un sens aigu du suspens, Luis Fernando Verissimo nous offre une variante gourmande et jubilatoire des Dix petits nègres.
Mon avis : Ce livre était parmi une sélection d’auteurs d’Amérique latine dans la bibliothèque de mon quartier. Un grand merci aux bibliothécaires pour la découverte. J’aime le réalisme cynique des personnages. Des désillusionnés qui se vautrent, fuient dans la bouffe. La gastronomie a la part belle et l’amitié aussi. Et puis il y a aussi du suspense. Que demander de plus ?
Ah si seulement dans les rayons « langue étrangère » des bibliothèques et librairies on pouvait avoir plus souvent ce genre de livres plutôt que des classiques insipides…
Extraits :
micro1 Le chocolâtre.
texte1 Le chocolâtre.
micro1 Le discours sur le rut.
texte1 Le discours sur le rut.

Livre : Ciel de cendres, Maud Tabachnik

CIEL-DE-CENDRES Résumé : « Ils sont trois. Sans se connaître ils cheminent vers la même ville d’Ukraine. Ce point de non-retour qui a pour nom Tchernobyl.
Vladimir, fils d’un tueur politique de Kharkov, deviendra malgré lui mafieux et criminel.
Charles, petit-fils de juifs déportés, retrouvera son identité dans les sables du Sinaï.
Yvan, fils de kolkhozien brutal, choisira la nature contre la violence des hommes.
Enfants d’un après-guerre qui n’en finit pas, héritiers d’un monde qu’ils n’ont pas voulu, comment vont-ils pouvoir conjurer le pire ?
Auteur majeur du roman noir, Maud Tabachnik nous entraîne dans un récit sombre et puissant qui interroge l’histoire contemporaine, le destin de l’humanité, tout ce qui l’asservit mais peut aussi la sauver. »
Mon avis : J’avais simplement envie de m’abrutir avec un « banal polar ». J’avais donc sélectionné à la bibliothèque un livre portant une gommette « jaune » – le signe utilisé ici pour les repérer. Et en fait, j’ai été absorbée par une superbe histoire, avec de la profondeur, qui m’a plongée dans l’Histoire avec des personnages attachants. Je recommande !
Extrait :
micro1 Yvan et la politique.
texte1 Yvan et la politique.