Parce qu’il faut bien revenir

Le dimanche matin, nous nous sommes levés tôt pour quitter le village. Le beau-frère nous emmène en voiture jusqu’à une petite ville voisine où nous pourrons prendre un taxi jusqu’à Agadir. C’est de la conduite de précision vue l’état et l’étroitesse des ruelles, plus adaptées au passage des ânes que des « tamoubil ». Un chien traverse la route avec un chat roux entre les dents. Le chat de la famille est gris tigré. Ouf. Mais ça nous fait tout drôle. Première fois qu’on voit un chien qui a tué un chat. On les savait pas très bons copains, mais quand même…

Sur le chemin, j’ouvre grand mes yeux une dernière fois. Mes pupilles se gavent des champs d’orge, les maisons en terre, les montagnes avec des arganiers pleins de fruits et des troupeaux de chèvres et de moutons qui nomadisent… Mais peut-on profiter de la beauté du paysage quand, à côté de vous, une mère pense à son fils qui va bientôt être éloigné d’elle pendant de longs mois ? A un moment, la route traverse une rivière, les cailloux chatouillent les amortisseurs, la voiture cahote, comme nos sentiments. Puis nous arrivons à la gare routière. C’est le moment des adieux. Nous achetons trois places pour nous deux, pour être à l’aise. Dans les « grands taxis » qui font les liaisons inter-urbaines, on compte 4 places à l’arrière et 2 à l’avant. On part lorsque le taxi est complet. J’essaie de profiter du paysage qui défile, en pensant au « fils », à côté de moi, qui s’éloigne sa mère, sa famille, son chez-lui, pour retourner dans sa terre d’exil, dans notre chez-nous.

Photo
Image animée, normalement*, avec quelques photos du village
(* Cliquez sur l’image si ça ne marche pas)

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Au village

Après une nuit à Agadir, nous partons pour le village. On a vu en ville un ou deux amis et on a fait nos emplettes au marché : des épices surtout, quelques cadeaux – épicés – pour les proches en France et deux-trois bijoux pour moi (j’essaie de me pétassifier un peu, parfois). Let’s go now! Des « grands taxis » assurent les liaisons interurbaines, avec deux places à l’avant, en plus du chauffeur, et quatre à l’arrière. Jamais de ceinture de sécurité.
Je ne me fais pas avoir cette fois-ci, je ne prends pas les signes de la main du chauffeur pour des bonjours de politesse à ses confères. Je sais maintenant que ce sont des messages : « attention il y a des flics » ou « c’est bon la voie est libre ».
Sur la route, on passe devant un magasin proposant de l’engrais organique biologique. Cela change des nombreuses pubs vantant les mérites des pesticides de Monsanto. Une bouffée d’espoir dans la région agricole d’Agadir, dominée par l’agriculture intensive de primeurs qui vide les nappes phréatiques et rappelle la « mer de plastique » du sud espagnol. En chemin, j’apprends aussi à quoi sert le joint des portières des voitures : à éviter les courants d’air frigorifiants. Je ne pensais pas le dire un jour, mais j’aime beaucoup les bons joints !

Enfin on arrive. Au programme, immersion linguistique dans la belle-famille, repos, ronronnage, lecture et ballades (zut, ballade, un « l », deux « l », trois elles, 4L, cinq ailes ?). Et un petit coucou et quelques nouvelles à travers une connexion Internet hoquetante.

Rendez-vous au café

C’est le soir. Nous sommes installés à la terrasse d’un café à Agadir. On s’est gavés à midi, on n’a pas très faim. On commande une soupe, accompagnée de ses dattes et gâteaux. Elle est un peu trop épicée pour moi. Je prends un verre de jus d’orange pressé pour me rafraichir.
Je suis habituée à voir les chats roder autour des tables des restaurants. Machinalement, je regarde dans la salle la bestiole que le serveur a poussée sous une table. Bizarre ce chat. Drôle de tête. On dirait un bec. What? Tête rouge et corps gris. Mais c’est une pintade ! On aura tout vu…